Yoga : l’allégorie de l’attelage pour un voyage fascinant …

jougboeuf

Sigmund Freud, le père de la psychanalyse, compare les pulsions de plaisir débridées et inconscientes du « ça » à un cheval fou et le « moi » conscient à un cavalier dont le travail serait d’apprivoiser sa monture… Le yoga, quant à lui, définit l’être humain à l’aide de «la métaphore de l’attelage» dont on retrouve effectivement des analogies dans beaucoup de techniques d’introspection.

Bien au-delà d’une simple méthode limitée à des postures corporelles, le système yoguique propose une philosophie de vie où le quotidien joue un rôle prépondérant. Rien d’étonnant à ce que beaucoup d’occidentaux l’ait adopté…

Une métaphore millénaire

Philippe de Méric, dans son livre « Le yoga sans postures. Juste une attitude », écrit que la sagesse antique comparait le mécanisme complexe de l’Homme à celui d’un véhicule tracté, dirigé et commandé par des impulsions ou centres de forces correspondant aux différents éléments d’un attelage. La voiture figurant notre corps, le cheval représentant les sensations affectives, le cocher symbolisant l’ensemble des facultés mentales, enfin le voyageur transporté désignant la conscience, hôte inconnu, véritable maître de l’équipageS’il semble logique que la voiture (notre corps) ne puisse nous conduire nulle part si elle n’est pas entretenue, il y aura aussi problème si le cheval-émotion entraîne celle-ci au gré de ses instincts. Il est donc important que le cocher-intellect maîtrise l’animal. Toutefois, cet intellect n’a aucun sens s’il n’obéit pas au voyageur, c’est-à-dire à ce que nous sommes vraiment. La psychanalyse parlerait ici d’un intellect qui ne doit pas se résumer à un sujet-supposé-savoir stérile mais qui doit au contraire se mettre au service d’un vrai self. La métaphore millénaire, toujours d’actualité, propose donc d’établir un subtil équilibre entre toutes les composantes de l’attelage. À la lumière de celle-ci, une véritable sagesse peut émerger au quotidien.

Une subtile interaction

Évidemment, une métaphore reste une métaphore. Il n’est pas question de caricaturer mais de donner du sens à une pratique. Ainsi, l’important est de comprendre que les postures physiques du yoga vont déjà commencer à harmoniser l’ensemble. L’être humain forme un tout et les techniques yoguiques ont été élaborées pour créer des liens et des interactions bénéfiques entre toutes les composantes de l’attelage. C’est pour cela que le yoga ne se limite pas à une gymnastique du corps, aussi bénéfique soit-elle. Le cheval-émotion peut s’apaiser par les techniques de relaxation et de respiration (pranayama). Le cocher-intellect peut tout à fait augmenter ses compétences par la lecture d’ouvrages philosophiques, psychologiques ou de rencontres avec des adeptes plus avancés. Le système du yoga possède une littérature prolixe qui peut amener à une compréhension meilleure du mental. Les Yoga Sutra de Patanjali forment, dans ce domaine, une mine de connaissances. Il existe des éditions commentées tout à fait intéressantes. Il faut faire confiance au voyageur (notre intuition) pour trouver l’ouvrage qui correspondra à nos attentes et à la route que nous voulons emprunter.

Une spiritualité incarnée

Contrairement peut-être à une spiritualité judéochrétienne qui séparerait l’âme du corps de façon mentale, le yoga s’attache à l’expérience. Et l’expérience ne peut être vécue qu’au quotidien dans un corps de chair. Les techniques yoguiques ne doivent pas être considérées comme des buts mais comme des outils possibles pour une réalisation de soi. Un maître indien disait qu’il existe autant de formes yoga que d’individus, voulant exprimer ainsi le fait que chacun a son propre chemin à suivre. L’âme, pour le yoga, est imagée par ce voyageur à qui on a donné un attelage unique avec lequel il doit, quoi qu’il en soit, avancer. Le yoga propose donc une pratique parmi d’autres pour faciliter le véritable désir de ce voyageur. Aussi, toutes les techniques de développement personnel peuvent-elles entrer dans le cadre de ce projet de voyage spirituel…

 Jean-Luc Prévôt